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New York. A la télévision, les journalistes annoncent avec effervescence qu’une équipe de 4 reporters va s’enfoncer dans la jungle amazonienne et rencontrer des cannibales. On voit alors les dernières images de l’équipe, juste avant qu’elle ne prenne l’avion.

Depuis deux mois le monde est sans nouvelle des baroudeurs et le professeur Monroe, anthropologue enseignant en Université, se voit alors désigné par la télévision pour s’engager à son tour dans l’enfer vert et découvrir ce qui est arrivé au petit groupe. Il arrive dans un poste militaire en bordure de forêt où les soldats viennent de capturer un « Yacumos » après une fusillade. Surpris par l’armée, le groupe d’indiens amazoniens faisait acte de cannibalisme et une violente confrontation avec les militaires a eu lieu entraînant de nombreux morts. L’indigène capturé permet alors à Monroe de partir avec deux guides dans la jungle pour regagner la tribu de l'autochtone. Pendant le périple, ils assistent médusés au viol et au meurtre rituel d’une femme adultère par son mari près d’une berge. A leur arrivée, les « Yacumos » acceptent avec méfiance la présence de Monroe et des guides, mais un sentiment de malaise règne, les précédents Blancs semblant ne pas avoir entretenu de bons rapports avec les indiens. En leur offrant un couteau à cran d’arrêt, ils désamorcent la situation et continuent leur expédition. Monroe et les deux guides tombent alors au milieu d’un affrontement violent entre deux tribus ennemies.

« Cannibal Holocaust » est une tuerie. Ou plus exactement une boucherie. Voici l’un des films les plus controversés de l’histoire du cinéma car même si on l’exècre, on ne peut que s’en souvenir. D’ailleurs, avec un tel titre, la mise en garde devient quasi explicite. L’appellation a été empruntée à la série américaine « Holocaust » qui traitait de l’extermination des juifs. Les producteurs ont rajouté le mot « Cannibal » considéré comme plus porteur que le terme « Indian » suggéré au départ par le cinéaste Ruggero Deodato.  Rappelons-nous… Début des années 80, des centaines de nanars peuplent le cinéma d’horreur mais des petits chefs d’œuvre comme « Massacre à la Tronçonneuse », « Zombie »… émergent du lot. Et de ces derniers ressort un côté indiscutablement malsain et réel qui place les spectateurs en situation critique (dans les deux cas précités on aborde les thèmes de l’anthropophagie et du non-respect de la vie) mais aucun d’entre eux n’a atteint une dimension ultime comme « Cannibal Holocaust ». Comme on ne peut pas rester insensible devant un tel choc cinématographique, reste alors à savoir comment l’apprécier. Mais tout d’abord revenons sur les causes du traumatisme qu’engendra ce film.

Le professeur Monroe

« Cannibal Holocaust » est le premier film à caractère « documentaire » totalement fictif. Contrairement à « C’est arrivé près de chez vous » qui n’est en fait qu’une parodie de documentaire (avec notamment les scènes du meurtre de l’enfant et du viol d’une femme qui choquent tout de même) ou à « Strass » qui reste malgré tout trop léger pour être sérieux, ce film se rapproche plutôt de son successeur « Le Projet Blair Witch » car il axe l’histoire vers une véracité des faits et un contenu terrifiant (pour la petite histoire, Ruggero Deodato, le réalisateur de « Cannibal Holocaust » aurait même voulu emmener en procès les cinéastes de « Le Projet Blair Witch » pour plagiat mais faute de moyens financiers pour avoir d’excellents avocats, il a préféré réviser son ambition). L’analogie entre ces deux films devient dès lors évidente, mais la manière de faire fonctionner la terreur se voit traitée différemment. Dans « Le Projet Blair Witch », le style suggestif remplace l’explicite. A contrario, « Cannibal Holocaust » ne lésine pas sur les effets gores constituant l’une des principales spécificités pour heurter la sensibilité des spectateurs. Ainsi, les enchaînements très forts conservent un caractère authentique absolument déplaisant, en témoignent les séquences cruelles avec les animaux. Parce qu’ici, pas de fioritures : l’équipe du film a eu l’autorisation de tuer des animaux (« nous avons respecté les quotas de chasse… »), et elle l’a fait devant les caméras de manière absolument gratuite et horrible, sans aucun trucage. Le singe, le petit cochon, la tortue, le rat des marais, le serpent, l’araignée finissent en bouillie, soit-disant pour servir à alimenter ensuite les indigènes. Evidemment, le premier réflexe lorsque l’on sait cela est de crier au scandale. Mais déjà une controverse agace notre esprit : lorsque l’on regarde une corrida, qu’est-ce qui en fait la différence avec ces images (vaste débat) ? Bien sûr, tourner de telles séquences serait impensable à notre époque. Certaines scènes deviennent même tellement traumatisantes qu’à l’époque du tournage, les autorités demandèrent à Deodato la preuve de l’existence des acteurs, soupçonnant même un snuff-movie (film montrant la véritable mort des comédiens). Il dut par exemple prouver un trucage, celui de la femme empalée sur un pieu horizontal. Le procédé est pourtant fort simple : la femme assise sur un siège fixé sur un pieu tient dans sa bouche un morceau de balsa symbolisant le prolongement du corps du poteau en bois. Le sang présent ne devient pas uniquement la force majeure concourant à secouer nos consciences, il est destiné à emballer de manière macabre la totalité de cette œuvre.

Le groupe d'indigènes

La scène de la tortue

Effectivement, en apposant également des scènes de sexe très crues (viol, castration par exemple), Deodato frappe fort. Il renvoie en fait à notre inconscient des éléments charnières qui montrent que l’homme perd parfois ses repères face à une situation qui lui échappe, qu’il ne comprend plus ou qu’il pense maîtriser en maître absolu qu’il se croit. Tout au début pourtant, lorsque l’on suit attentivement le film, on peut presque justifier les actes de cannibalisme des indiens. Ceux-ci, élevés en autarcie, se sont créés des codes, des lois, qui disculpent l’horreur à la manière du film « Les Survivants ». Etonnant de barbarie et d’atrocité, le fossé entre la civilisation et les sauvages semble démesuré. Tout du moins au départ, car sans vouloir révéler l’histoire, les sauvages ne sont pas ceux évidemment que l’on croit. Lorsque l’équipe retrouve le cadavre de la femme qu’ils ont violée et qui est empalée, Marc avertira Allan qu’il le filme. Surpris, le sourire d’Allan fera place à un rictus gêné et il s’indignera devant de telles pratiques sauvages tout en les excusant. Faye la femme du groupe regarde alors Allan et la caméra écœurée d’un tel comportement. La surenchère des actes monstrueux filmés (viol, émasculation, meurtre filmé d’un nouveau-né, empalement…) impose le fait que les baroudeurs caméramans sortent peu à peu du rang de l’humanité. Le cinéaste va substituer son rôle de journaliste au profit  même du réalisateur porno filmant la scène du viol. Les tabous sont transgressés à la manière cette fois-ci des films « C’est arrivé près de chez vous » ou de « Strass », qui proposent une vision acerbe du métier de reporters toujours en quête de sensationnalisme en n’hésitant pas à montrer des images provocantes ou en ayant recours à des actes injustifiés. 

L'ouverture du film, les premiers commentaires dans le monde dit civilisé

A propos du dvd en lui-même, le film s’étant fait interdire dans de nombreux pays avait été en but à la censure contre ceux qui avaient pris le risque de le diffuser. D’où de nombreuses versions différentes, de valeurs inégales, les premiers dvd sortis étaient malheureusement pauvres en bonus ou en qualité. La difficulté résidait à récupérer une copie intégrale du film, avec des images et un son nickel, et à agrémenter le tout de bonus conséquents de valeur. L’édition collector française semble être l’une ou la plus aboutie car Deodato a lui-même superviser la fabrication de ce dvd. Point très important de ce film : la musique (en fond sonore, que vous écoutez). Totalement harmonieuse, elle semble en parfaite inadéquation avec le thème du film mais pourtant elle est insérée exactement à sa juste place au fil de ce long-métrage. Necrophagia, un groupe de metal, a repris la musique du film en l’adaptant « à sa sauce » (pour télécharger, voir les conditions dans « téléchargement 2 »). Téléchargement du morceau ici.

Peut-être de manière involontaire ou inconsciente, Deodato nous renvoie à des interrogations idéologiques bien nombreuses. Jusqu’ou peut-on aller pour un scoop, l’autarcie est-elle l’ouverture à toutes formes de pêchés que l’on peut dédouaner, quelle est la place du voyeurisme dans une société moderne, quels sont les comportements excusables, qu’est ce que la déontologie ? Toutes ces réflexions livrées en désordre montrent bien qu’il ne suffit pas de voir au premier degré un tel film, ça serait complètement réducteur. D’où cette épineuse question philosophique qui pourrait regrouper presque toutes les autres : l’homme n’est-il vraiment homme que parmi les hommes ?

Différentes affiches du film et dvd